2011-10-17, Nous avons déjà rencontré la théorie du « continu hété-
rogène » quand nous avons dû étudier le corps et sa diver-
sité de centres psycho-physiologiques. De môme que nous
avons cru impossible d'admettre une hétérogénéité sans plu-
ralité de centres et d'éléments, de même (et encore parce
que la diversité qualitative implique pour nous la multipli-
cité quantitative) nous nous refusons à admettre une durée
mentale identique à une pure hétérogénéité, qui serait une
multiplicité sans unités, un devenir sans moments divers.
Comment concevoir le passage d'une conscience de l'état
A (initial) à l'état C (final), en supposant que l'état B doive
être traversé pour atteindre C, sans admettre nécessaire-
ment qu'à un certain moment l'état de celte conscience était B, n'était plus A et n'était pas encore C. La transition
de A à B peut se faire insensiblement par Am, An, Ào, Ap,
Bo, Bn, Bm..., avec une aussi petite différence que l'on
voudra entre Ap, dernier moment de la série des A, et Bo,
premier moment de la série des B ; mais il est toujours
contradictoire d'admettre que A existait encore quand B
existait déjà (si ce n'est en puissance). Que l'intervalle
Ap — Bo soit franchi comme d'un bond, par un acte unique,
indivis 1, voilà ce qui s'impose à l'esprit; et il est aisé de
comprendre qu'en'génôral une conscience passe de l'état N à
l'état P par un acte unique accompli dans une durée indivise,
bien que toujours divisible en puissance. Donc, si la durée
abstraite est un continu homogène, la durée concrète est
faite de durées hétérogènes les unes aux autres : la durée
totale nécessaire au passage de l'état A à l'état C comprend
les durées partielles À — B et B — C.
Mais M. Bergson ne nous permettrait pas sans doute de
raisonner comme nous venons de le faire, car il nous ôterait
au préalable la possibilité de distinguer A de B et de C. Seul
le langage, nous dirait-il, vous permet de séparer l'un do
l'autre deux termes comme A et C ; en fait, les divers états
de conscience n'existent qu'en fonction de l'existence en-
tière , comme les divers éléments d'un état de conscience
n'existent qu'en fonction du tout, et, s'impliquant mutuelle-
ment, sont posés simultanément. La vie psychique n'est pas
une juxtaposition d'états de conscience séparés ; c'est un pro-
grès au sein duquel fusionnent les moments hétérogènes,
comme les qualités hétérogènes fusionnent dans le même
moment.
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